Nous avons tous en tête le fonctionnement du management, celui de la promotion individuelle ou chaque individu essaie de se mettre en valeur par des initiatives propres, ou l’on donne le meilleur de soi-même pour ressortir du lot et gravir les échelons.
Nous l’avons vécu soit en tant que membre d’une équipe dans laquelle nous avons constaté la concurrence pour se démarquer, ou en tant que manager qui devait « repérer » la personne montante et la récompenser afin de continuer à encourager l’esprit de compétition au nom de la productivité. Ainsi, il faut être plus intelligent, plus rapide, plus performant, s’investir plus que les autres dans les projets de l’entreprise, faire plus d’heures que les autres et le faire remarquer à la direction, parler plus que les autres dans les réunion, etc…
Tout nous incite à privilégier l’individualisme dans nos actions professionnelles même si en réalité, les discours officiels de la direction privilégient les actions collectives, l’esprit d’équipe, le partage de l’information, l’utilisation des CRM par chaque individu…
Je n’ai nul besoin de faire une démonstration approfondie du sujet pour vous convaincre du fait qu’il y a un faussé entre le discours et la réalité.
Cependant, nous savons tous aussi que l’individualisme ne mène pas à une meilleure performance des projets. Là aussi, je n’ai nul besoin de vous convaincre. Il y a juste à regarder autour de nous pour s’apercevoir que garder des informations pour soi met en péril l’avancement des projets, qu’exclure un collaborateur de l’équipe nous rend la tâche plus difficile car il faut compenser le travail qu’il aurait fait, que rester trop longtemps au travail durant une longue période dégrade l’équilibre social dans lequel on vit (famille, épanouissement personnel en dehors du travail…)
Mais nous continuons à agir ainsi malgré tout car c’est le seul moyen d’avancer, d’obtenir une reconnaissance, une promotion… Nous n’avons pas le choix car le système managérial et les valeurs de notre société sont ainsi établies.
Cependant, le malaise que procure cette situation semble être de plus en plus visible et nous pèse chaque jour de plus en plus. Les managers le sentent tout autant que les employés et la prise de conscience semble s’amplifier et atteindre toutes les sphères professionnelles.
Nous sommes donc à l’aube d’un changement de mentalités, et ce phénomène se fait déjà sentir. Une carrière ne suffit plus, un bon salaire n’est plus un argument suffisent… les attentes des employés changent et les valeurs, l’étique, le bien être, l’envie de participer à quelque chose, de créer et être reconnu prennent une place de plus en plus prépondérante dans le choix de l’entreprise pour laquelle nous voulons travailler. On le voit déjà dans tous les domaines… Les publicités axent leur discours sur la relation privilégiée avec le client, les grandes entreprises ne savent plus comment attirer les cadres et redoublent de créativité dans les packages salariaux en y incluant plus que jamais des avantages extra financiers, le nombre de blogs sociaux explosent sur le net…
Nous savons donc ce que nous ne voulons plus et les grandes lignes de ce que nous recherchons.
Mais comment décliner ces attentes et ces valeurs dans le monde professionnel sans tomber dans l’utopie ? Car il faut tout de même l’admettre, la première raison d’être d’une entreprise, est d’être la plus performante possible et créer de la valeur sur son marché.
Partons d’une étude menée aux Etats-Unis par la Carnegie-Mellon University, au sein du MIT sur l’intelligence collective. Celle-ci démontre que l’intelligence d’une équipe a finalement peu à faire avec le QI des individus qui la compose ! Elle émergerait des interactions qui se font entre les membres. Mais n’est ce pas l’inverse de ce qui se passe dans la réalité ?
Voici un extrait de l’article qui parle des résultats de cette étude :
« Les performances d’un groupe ne seraient donc pas dues aux capacités individuelles de chacun des membres. Car le niveau maximum d’intelligence des individus formant un groupe ne présage pas de façon significative de la performance du groupe en tant que tel. “Avoir un éventail de gens intelligents dans un groupe ne veut pas dire qu’on a un groupe intelligent” explique Thomas S. Malone, qui a piloté cette étude au sein du MIT.
Cette étude a été menée auprès de 699 personnes réparties dans des groupes comprenant jusqu’à cinq personnes. Chacun des participants était équipé d’un badge électronique portable afin d’enregistrer les échanges entre les membres du groupe. Les chercheurs ont mesuré l’intelligence des groupes à travers une série de tests, puzzles, jeux, et autres exercices de brainstorming. Certaines équipes se sont révélées plus performantes que d’autres. Ce qui a permis aux chercheurs de calculer des scores d’intelligences pour chaque groupe, et a permis d’établir ce que pourraient être leurs résultats sur des activités plus sophistiquées.
“Nous avons trouvé qu’il y avait une sorte d’efficacité, une intelligence collective du groupe qui permet d’appréhender les performances d’un groupe dans de nombreuses situations,” poursuit Thomas Malone. Pour les auteurs de cette étude, l’intelligence collective participe pour 30 à 40 % dans la variation de la performance.
Mais alors qu’est ce qui rend certains groupes plus intelligents –ou performants- que d’autres ? L’analyse montre qu’il s’agit des groupes où le niveau de participation de chacun des membres est équivalent, dont les membres ont des niveaux de « sensibilité sociale » plus élevés, selon l’étude. Il faut souligner d’ailleurs que les groupes comprenant plus de femmes tendent à avoir une intelligence collective plus élevée. "Ce n’était pas un des objectifs de l’étude de montrer cette différence par genre, mais cela ressort parce qu’en général les femmes ont une « sensibilité sociale » plus développée" souligne Thomas Malone.
" La « sensibilité sociale » est liée à la capacité des membres du groupe à percevoir les émotions des uns et des autres » explique Christopher Chabris, co-auteur de l’étude et professeur de psychologie à l’Union College de New York. "Ce facteur ajouté à un niveau de participation équivalent chez chacun des membres permet d’expliquer pourquoi les capacités cognitives du groupe peuvent dépasser la somme de celle de chacun des membres". Bref, l’ensemble est plus performant que la somme. Finalement lorsqu’une personne domine le groupe, celui-ci est moins collectivement intelligent que les groupes où les interventions des uns et des autres sont équilibrées. »
Est-ce donc vers ce type de management que nous nous dirigeons ? Celui où chacun à sa place dans la réussite de l’entreprise, où chacun est reconnu, où l’on place l’individu au centre des projets ? A-t-on vraiment pris conscience de l’importance que chaque individu dans l’entreprise ? L’entreprise doit sa productivité à son capital humain et son évolution à l’évolution de chacun de ses employés… Une évidence ?